Songe d’une nuit de printemps…

L’air s’émoustille. D’espoirs enfouis, terrés en dessous de tant d’années d’indifférence, on peut enfin commencer à croire que le printemps sera peut-être enfin le début d’une ode à la justice. Quand j’ai mal. Tant mal à mon pays, à son histoire. Quand depuis des années, je pataugeais dans les larmes bleues de mes héros disparus. Quand je me vautrais, pliée en continents, perdue dans les mots des autres. Je me sentais si seule, comme une rose sans épines sur une trop grande planète. Depuis des semaines nouvelles, je « Mironise », chante Pauline et danse en chœur sur le bitume de Lévesque, qui jadis n’était pas qu’un simple boulevard.

Mon printemps est rouge, d’une colère enfin partagée. Devoir de colère. Mes pieds bourgeonnent dans les traces enivrantes de l’espoir grandissant. Le soleil d’or miroite sur les rues miroirs d’un éveil collectif. Si les alouettes s’enflamment enfin c’est que le signe est devenu évidence. Pays boudé, pays silencieux, pays en devenir, pays vilain petit canard et incompris. Pays qui deviendra peut-être enfin cygne bleu. Majestueux volatile, droit et juste et que toute la planète enviera. Nous nageons sans doute à contre-courant, les vents contraires seront toujours plus riches que nous. Toutefois, j’ai l’espérance comme bagage héréditaire. En ce sens, je suis déjà plus riche que bien des gens. Diva des instants théâtraux et des brûlures cinématographiques témoins de l’histoire du monde, comme mille erreurs sans cesses répétées.

Petite Laure. Peut-être auras-tu la chance de faire tes premiers pas dans un monde meilleur. Peut-être que les mélodies des Gérard et des Michel qui t’auront précédé n’auront pas été aussi silencieuses que j’aurai pu le croire. Peut-être deviendras-tu l’heureuse citoyenne d’un pays juste et égalitaire. Moi qui ne suis qu’une illusion dans un monde de fantasmes. J’aime quand toutes les passions se fusionnent en une grande envolée poétique. Si la poésie ne vient pas à bout des injustices, la poésie ne pourra pas survivre. Les ailes enfilées sur des épines, les pieds prisonniers dans des filets fiscaux et les jambes libres de marcher sur la lune.

Souvent, je crains que l’épistolaire, que les mots et que les idées ne soient pas aussi puissants que les avions lanceurs de bombes destructrices et de missiles sans sens moral, que les chansons soient plus fragiles que les mitrailleurs, que les eaux douces soient plus légères que les sables bitumineux. Parfois, je crains que les riches corporations crient plus fort que les citoyens… Souvent, je me perds dans mes cauchemars. C’est que les failles sont de plus en plus mises en évidence et que les grands mouvements sont toujours venus à bout des plus grands tyrans. Les rêves sont des routes sinueuses, mais qui savent encore s’agripper aux mains de ceux qui les empêchent de sombrer dans le vide et l’oubli.

Mon printemps résonne d’un cri bleu, d’un ciel ouvert sur les grandes luttes, sur des revendications, sur la possibilité de permuter enfin ce système qui laisse les plus faibles dans la misère. Mes passions sont ardentes, elles déchirent des mythes trop longtemps entretenus et se dénudent pour porter des mots et envahir des espaces. Tant que la vie se tracera un chemin dans mon corps vivant, mes amants nocturnes seront des territoires occupés par des combats en fleurs, par des jardins d’idées, par des défenses paradisiaques. La mort porte des flambeaux qui se hissent, se faufilent dans les nouvelles générations. Les combattants ne meurent pas en vain. Je me souhaite irréaliste, je « m’idylle »  debout, je « m’utopise », chimérique, comme tant de petites incertitudes qui marcheront côte à côte dans les rues de la planète.

Passagère de ce monde de victoires en devenir. Indépendante. Armée seulement de mon appareil photo, témoin et capteur immortel d’un vent de changements. La valse ne sera sans doute pas à trois temps, mais tous les orchestres pourront enfin s’accorder, se délasser, libres. Qu’on invente des mots. Qu’on dessine un pays, qu’on sculpte des espoirs. Ce printemps j’userai des semelles, scanderai encore des possibilités, détachée des printemps gris d’hier.

MFL

 

~ par MFL sur 10 avril 2012.

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