De bris et de Gris…

Le temps est sombre, gris, politiquement incertain. Hier encore, je rêvais, espoirs nébuleux, force secrète luttant du matin au soir contre l’obscurantisme… J’en ai combattus des moulins dans ma vie, et je n’ai pas l’intention de cesser! Oui, parfois je me laisse sournoisement bercer par des petites vaguelettes de découragement ou d’impression que chaque geste se perd dans un profond abîme. Pourtant, j’ai trop assimilé l’histoire de mon pays pour ne pas comprendre, pour être capable de me dire que la cause est plus importante que mon unique moi-même…  En somme, peut-être que chaque action n’est finalement pas toujours aussi vaine que j’aurais pu le penser…

Mes héros se sont battus toute leur vie, parce qu’ils savaient que ce rêve plus grand que nous mêmes  n’était pas seulement un caprice, mais bien une nécessité, une chance unique de survivre, comme une bouffée d’air alors qu’on tente de nous enfoncer la tête dans l’eau. Bien sur, j’ai des héros bien en vue : Bourgault, Lévesque , Miron, Julien, Leclerc, Falardeau…. Mais mes véritables héros, les grandes inspirations complices de mes idéaux, ce sont mon grand-papa et mon oncle, tous deux malheureusement décédés aujourd’hui. Deux hommes plus grands que nature, deux battants, deux insatiables rêveurs, mais surtout des hommes de cœur.

C’est à eux que je pense quand je discute que je pose des gestes concrets, que je fais une croix sur un bulletin de vote. Trop souvent ils me manquent, mais j’ai appris à surmonter le deuil en comprenant que la seule manière de les garder vivants parmi nous est de poursuivre leurs immenses luttes, de continuer d’esquisser la route de leurs rêves, et de faire en sorte que leur travail d’une vie n’ait pas été fait en vain. Ainsi ils sont toujours là… vivants. Je suis certaine que lundi soir, devant un tel désastre électoral ils auraient sans doute versé une petite larme, mais que dès le lendemain, manches relevées, auraient poursuivi le travail. Ils n’avaient jamais cessé d’y croire et c’est le plus beau cadeau qu’ils aient pu me faire dans la vie, le plus bel héritage du monde!

J’ai envie de crier ma rage depuis quelques jours, j’ai envie de m’envoler loin de cette noirceur qui nous plonge une fois de plus dans les bras de l’oubli, tous les jours, étouffé un peu plus par le poids de l’assimilation tranquille (et promise). Mais je sais que je vais me relever, par respect pour eux, par respect pour moi-même, par espoir pour mes petits neveux et nièces qui découvrent aujourd’hui la vie.

Qu’on le veuille ou non, dernière chacun de ces mots, derrière chaque voyelle envoyée au hasard des conversations, il y a une seule et même chose… J’ajouterais même un seul et même rêve, désir inavouable, qui se perd au hasard des nuits de révolutions tranquilles, de discours tempérés et de : « on en reparlera demain, allons nous coucher, il se fait tard… » L’aube ne tarde jamais à venir nous réveiller, à demi asphyxié par le poids de la double étatisation. Paralysé, par la peur, et ce besoin asservi d’aller respirer l’air du large. D’un océan à l’autre, d’un référendum à l’autre, toujours les mêmes angoisses, héritage obligé d’une existence d’appartenance.

Quand j’ai envie de chanter et bien, je chante! (Quand j’ai envie de lire Prévert, et bien, je lis Prévert) Je ne me tairai pas. Je revendiquerai mon droit d’exister. Je vivrai seule, séparée, dissocié, distincte, libre et souveraine. J’utiliserai ces mots, jouissifs, qui appartiennent à une langue qui s’efface un peu plus chaque jour.

Ivre de liberté et de survivance…

MFL

~ par MFL sur 5 mai 2011.

5 Réponses to “De bris et de Gris…”

  1. 🙂

  2. Et s’il n’y a qu’une seule leçon à retenir de cette vague orange, c’est que presque tout est possible, y compris la séparation du Québec en 2014. PLQ, dégage!

  3. Quel beau texte Marie ! Un texte *majeur* qui doit appartenir à l’anthologie du Québec en voie de libération ! Gros gros bravos !! 🙂
    Je l’ajoute à mes favoris à côté de Miron et Godin.

  4. WOW!! Quel commentaire… ouffffffff

    Merci sincèrement!!!! Très très touchée!

  5. On a vraiment affaire à l’indépendantiste la plus acharnée de la blogosphère. Si seulement il y en avait plus…

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