Picasso ou l’analyse de la « déconstruction » purifiée…

Il s’est dit, et se dit encore beaucoup de choses au sujet du soi-disant « abstractionnisme » du célèbre peintre… Pourtant, Picasso ne recherchait qu’une chose: Trouver le fil minimal servant à tout dire avec le moins de gestes possible. Tour dire et tout dévoiler. Le défi de taille, consistait en une analyse complète des angles et des facettes de ses sujets afin de rendre au monde de l’art l’essentiel de chaque étude. Déconstruire les éléments de la nature afin d’esquisser ce qui est fondamental à la compréhension de sa vision du monde. Ironiquement ses confrères de l’époque lui reprochaient sans cesse sa volonté trop commerciale…

Contrairement à la croyance populaire, Picasso maitrisait parfaitement le dessin d’observation, c’est la raison pour laquelle il était en mesure de dépasser le simple stade de la reproduction pour arriver à une personnification et une interprétation des lignes. Il a d’ailleurs dit qu’il lui avait fallu toute sa vie pour réapprendre à dessiner comme un enfant, avec le même désir de représenter les choses comme on les perçoit et non comme elles le sont déjà. En fait, le travail de l’artiste se situe au niveau de l’étude et de la recherche, tout comme les peintres impressionnistes, automatistes, minimaliste et fauvismes cherchaient à immortaliser l’instant présent. Ils tentaient de figer des fragments de temps volés à l’instant, dans une quête qui se voulait une réelle volonté de comprendre la peinture en tant que matière. En fait, ils recherchaient la ou les spécificités du médium afin de faire « compétition » (vers le milieu du 19e siècle) avec la photographie qui faisait son apparition et qui devenait un adversaire de taille pour la reproduction quasi ontologique du monde réel (à moindre coût) et surtout de manière beaucoup plus rapide! En effet, les portraits représentaient une grande partie du travail des artistes peintres jusque là, et ils craignaient , non pas sans raisons, que ce soit la fin de cet art.

La question que les peintres vont se poser, histoire d’espérer survivre, est simple: qu’est ce que le médium de la peinture possède que la photo ne permet pas. À cela, il y a deux réponses premièrement; La matérialité du médium (la peinture) un matériel qui s’étend dans un espace 2D et deuxièmement; la possibilité d’exposer au monde ce que la lentille de la caméra ne peut pas rendre. Par exemple: le photographe qui réalise le portrait d’un être humain de profil ne pourra jamais montrer les deux yeux dans un même angle, alors que le peintre peut le faire sans problème. Le peintre est libre de présenter toutes les facettes d’une même réalité dans un seul et même plan, y compris deux yeux sur un portrait de profil. Voilà tout l’apport du Maître.

En ce moment, le MoMA (Le Museum of Modern Art de New York) présente une intéressante exposition de gravures, lithographies et esquisses de Pablo Picasso, et c’est exactement sous cet angle de l’analyse descriptive des éléments qu’on a construit cette expo. L’aspect de l’étude des sujets, dans ce cas si, principalement les femmes qui ont traversées sa vie, est très bien exposé. On voit très bien le sujet complexe se simplifier tranquillement au fil de l’étude pour ne devenir que lignes efficaces, offrant des esquisses d’une pureté sublimé au réel. En somme, c’est une très jolie et très simple expo qui permettra au plus néophyte de cet art de bien visualiser la démarche de Picasso.

Quand Picasso écrit pour le théâtre, il travaille de la même manière, avec sa spontanéité pragmatiste et son descriptif quasi commercial. Ceci fait en sorte que les mots se transforment en lignes pures et dépourvues de leur logique apparente. Pourtant, chaque mot dit tout et son contraire à la fois. La complexité de la vie s’affine et s’épure sous une affirmation colorée. Chaque mot est une couleur, une odeur et une fleur bien sur, mais dans un même temps. Il esquisse son oeuvre littéraire comme il esquisse ses dessins. Permutant le réel en un objet analysé de toutes parts, qui ne laisse dévoilé que les impressions de l’artiste. Certains y voit une forme de symbolisme, mais en réalité il ne dépeint que sa propre vision. L’enfance se retrouve ici écrite sous mille angles différents en un seul coup de plume. C’est là que les diverses interprétions viennent se confronter entres elles, mais viennent se confronter au texte lui-même. Ce qui est personnel devient alors universel. Et il peut être marrant de voir les divers sens que les gens peuvent inventer!

Plus on relit le texte plus l’analytique dialectique entre les mots et les couleurs se voit simplifiée et mise en évidence. Les couleurs renvoient au sens et les mots aux couleurs. D’ailleurs il faut aborder le texte visuellement, de la même manière que l’on aborde un tableau. Les mots se suffisent à eux-même pour imager les sens et dessiner la réalité. Ici les mots sont corps et substance. Voilà ce qui est fascinant dans la démarche de Pablo Picasso, c’est de confronter sa perception du monde à la perception du récepteur qui entre en contact avec son oeuvre. On entend souvent les gens parler de de Picasso lorsqu’il est question d’abstraction, alors que le peintre n’a jamais fais dans l’abstraction, ne dévoilant que sa vision du monde dans un esprit purement figuratif et descriptif. Le réel des uns ne sera jamais le réel des autres et le l’objectif des uns devient le subjectif des autres.

voilà la magie du regard du peintre qui se voit toujours comparer à celui du photographe. Le texte: Les quatre petites filles n’y échappe pas, Certains y verront une oeuvre littéraire abstraite et dépourvue de toute logique, pourtant, il ne sera question que d’une vison de la réalité de l’auteur, qui , comme il a tenté de retrouver la pureté de ses traits d’enfance dans ses dessins, aura tenté de retrouver cette même pureté de l’enfance afin de traduire en mots aux couleurs vives ( parfois violentes) sa propre vision du monde, en l’analysant, en la déconstruisant et en y parsemant chaque parcelle de ses désirs avoués dans un même texte.

En attendant de venir voir et entendre les mots de Picasso se dévoiler devant vous, vous pourrez voir l’expo au MoMA si vous avez la chance de passer par là (avant ou après). Il est à noter que le musée est gratuit tous les vendredis soirs de 16 à 20h.

Vous pouvez acheter les billets pour voir ce super show ICI…

MFL

Lithographies de Pablo Picasso (1945) , Le taureau première et 11e étude pour voir l’évolution du travail de simplification des lignes!

~ par MFL sur 1 juin 2010.

8 Réponses to “Picasso ou l’analyse de la « déconstruction » purifiée…”

  1. Tu aurais pu intituler ton billet « L’art expliqué aux enfants! » Je le lis comme un enfant qui découvre un monde parallèle qu’il n’a jamais cru être pour lui !
    J’adore ta façon de présenter Picasso qui me le fait aimer tout de suite. J’ai toujours été piqué, intéressé, attiré par ses dessins et ses tableaux mais sans trop comprendre pourquoi. Tu me fournis une réponse crédible.
    Mon petit garçon (intérieur) ira s’asseoir au MAI le 16 juin pour entendre d’autres enfants parler au nom de l’enfant Picasso !
    Merci beaucoup ! :))
    Dis…MFL ça veut dire « Mouvements d’une Femme Libérée » ? 😉

  2. Joie, mon objectif de vulgarisation artistique semble avoir été atteind!

  3. J’ai l’impression que tu atteins toujours tes objectifs !🙂

  4. En fait depuis quelques années j’ai l’impression de n’atteindre AUCUN objectif…

  5. Je suis certain que c’est parce que tu es trop perfectionniste ou que tu aimes contrarier tes commentateurs ! 😛

  6. Picasso fut vraiment un geni

  7. Super intéressant. Ne suis pas dans la région mais vais suivre ce site.

  8. J’ai vu l’exposition de Picasso à Paris dans les années soixante. Quasi complète, excepté Guernica, qui se trouvait alors à New York, et trop dangereuse à déplacer, vu sa taille.

    A l’époque, je m’intéressais surtout aux surréalistes, et c’est toujours le cas d’ailleurs.

    J’avais eu l’occasion de lire quelques mots de Pablo Picasso, en regard de certaines de ses œuvres et je m’étais fait cette réflexion : où se trouvait son génie, dans sa peinture, bien sûr.

    Mais les petites phrases jetées comme les graines du sureau après en avoir tété la pulpe nourricière, se retrouvaient dans les lignes emmêlées de l’œuvre et quand on parvient à les y trouver mêlées de tons et de sens variables, comme dans un prisme lui-même soumis à des variations d’une diversité infinie selon le regard que chacun y porte, peut-être est-ce l’enfant Pablo qui voit ?

    P.S. Aurait-on rassemblé ces textes, sous quel titre, et où peut-on le trouver ?
    Tu parles de théâtre, peux-tu me donner des titres ?

    Ton billet est une étude du peintre vu, comme tu le dis par ailleurs, de l’autre côté du miroir, là où ne passe que l’essentiel, épuré de tout et surtout des regards obliques. Mieux que tu ne l’as écrit, peut-être toi seule en es-tu capable, sous une autre forme ? En tout cas, la lecture de ton « billet-poème » rouvre des tiroirs enfouis dans la mémoire oublieuse, et je ne peux que mordre à pleines dents dans ce don que tu me fais. Et je n’oserais même pas prétendre à te faire quelque don que ce soit, tant je ne « possède » rien.

    Yves

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