desideratum…

Je me souviens de cette première fois. Jeune, si jeune, mais jamais aussi naïve que cette fille à la candeur permutée que le temps, a rendu fragile au son des vagues fracassantes. Je menais le jeu. C’était simple, je menais parce que je n’aimais pas. On est jamais aussi fort que lorsqu’on aime pas. J’ignore pourquoi j’ai tant besoin de maintenir cette absolue domination sur tous les éléments qui enlacent ma vie. Besoin vital d’assortir les couleurs de mes temps à chacun de mes instants, comme si chaque teinte semblait déformer les ombres de mon réel. Le dichromatique m’agresse. Alors je me déconnecte des relations concrètes.

J’ai un faible avoué pour le ludique, le jeu. Alors je joue. Je joue tant que j’ai un contrôle jupitérien sur les règles que je m’auto-esquisse. Je dois être radicale dans les sous-entendu que je fais dévier du réel vers le virtuel. C’est dans cette elle que je m’arrache les ailles. Comment avouer qu’on perd le contrôle. Comment se dire à soi-même que ce qui était marrant la veille, s’est transformé, sans prévenir en scénario intrigant, que l’on a pas écrit. J’ai envie de partenaires de jeu qui savent se vautrer dans mes univers, pas de joueurs, tricheurs qui réinventent le jeu à chaque soir.

J’aime pas ce sentiment intangible qui s’est infiltré en moi. Je n’aime pas, ne pas être capable de le nommer, j’aime pas ne pas être capable de le saisir. Certaines fuites sont si fluides qu’elles ne gouttinent pas où elles devraient. L’eau est une étrange expérience physique semble-il, elle suit, elle se sauve, et apparaît exactement à l’endroit où l’on s’y attend le moins, au moment où l’on si attend le moins. Elle est vicieuse, elle se fraie un chemin puis attaque. Là ça tangue. Humidité aqueuse, hydrogène sélectif, sentiments humains. Perte de contrôle. Encore des feelings termites. Ils creusent, et dévorent.

Je me caviarde. Je suis pourtant convaincu d’avoir gardé l’oeil vigilant, d’être resté focalisé sur le jeu. Mais je me crains de plus en plus illisible. J’ai peur, très même. Je rêve de reprendre possession de mon insouciance distrayante des premiers temps. De retrouver ma force vorace et sans scrupule et de dessiner des répliques attirantes hors de tout ce désir inassouvis qui m’inonde.

MFL

~ par MFL sur 23 avril 2010.

3 Réponses to “desideratum…”

  1. Magnifique ! C’est complexe comme toi et ingénieux.
    J’adore ton néologisme « gouttiner ». Il devrait être retenu pour abreuver les enfants du monde.
    « je menais parce que je n’aimais pas » écris-tu. Quel analyse pénétrante de la vie avant l’amour ou entre les amours. Je te remercie de ça. Ça décrit bien un état, une situation sur laquelle je n’avais pas mis de mots.
    Comme la vie, ton texte m’échappe en grande partie et je le trouve riche, foisonnant et mystérieux.
    Merciii!

  2. Wow! Quel commentaire, je n’en dormirai pas de la nuit!!

    Gouttiner est une expression (verbe) Belge qui dit ce qu’elle veut dire: Bruiner, pleuviner…

    Merci de passer par ici!

  3. innocence et la naïveté de l’enfant que tu es  » en  » toi et qui y est encore et qui « y » sera toujours. C’est cet enfant qui s’exprime. Après avoir relu deux fois ce billet fort bien rendu.

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