Désir de vous raconter Gainsbourg…

Joann Sfar’s termine le film avec cette petite phrase qui illustre bien ce qu’il a voulu faire : « J’aime trop Gainsbourg pour le ramener au réel ce qui m’intéresse ce sont ses mensonges pas ses vérités » On comprend pourquoi il  a choisi de faire de Gainsbourg : une vie héroïque un conte et non une simple biographie. Un conte sur la vie héroïque d’un homme-héros contemporain qui a consacré sa vie à parfaire son image d’anti-héros. Un créateur qui avait pour but (avoué) de pervertir la jeunesse en lui offrant une musique émanant d’un univers miroir de la pomme empoisonnée! Empoisonner pour espérer réveiller et sortir de sa léthargie tranquille cette France post 2e guerre mondiale.

Déjà le personnage du Lucien enfant que l’on nous présente jongle avec les mots et les contradictions du monde dans lequel il vit en nous sortant des répliques telles que : « Il n’y a pas d’âge pour ne pas être cave. » Après s’être moqué de la musique classique endoctrinée et figée dans le temps, de s’être voulu artiste peintre, d’avoir ridiculisé avec tout le caustique qu’on lui connaît  l’absurdité des mesures antisémites, il va tenter sa chance dans le milieu de la chanson populaire (un art de con, selon les dires de son père, qui sera tout de même pour lui son éternel complice). Allant d’une égérie à l’autre (Greco, Bardot, Birkin…) il tentera à chaque fois de briser les barrières et les tabous sociaux. En ce sens, l’éclair de fébrilité et d’excitation quasi sadique que l’on peut voir dans son regard, alors qu’il fait entendre la chanson : Je t’aime moi non plus à son producteur,  illustre parfaitement bien ce désir permanent de vouloir provoquer.

Ironiquement, la vision ludique et cynique  adopté par le réalisateur tend constamment à mettre de l’avant la dualité profonde qui habite le chanteur ainsi  qu’un flagrant manque de confiance en lui. Il sera donc guidé, tout au long de sa vie par son lui même en version autoportrait, de son « lui » bercé par la voix du diable. Cette dialectique permanente entre les désirs profonds de cet être complexe et ses ambitions, donnera lieu à de très amusantes discussions. C’est lors de ces échanges improbables que l’on ressent le plus la trace du réalisateur, de par sa formation en philosophie ainsi qu’aux Beaux-Arts.

La symbolique de tous ces personnages imaginaires est bien présente tout au long de la fiction. Entre le non être et l’être dans ce qu’il est intrinsèquement. Il faut voir cette scène sublime où à la sortie d’un club, alors qu’ils sont plongé dans un état d’ivresse avancé, Gainsbourg et Vian sont étendus au beau milieu de la rue (prétextant attendre un taxi) et qu’ils discutent tout bonnement de leurs personnages imaginaires qui les accompagnent depuis toujours. Au delà de l’idée de la folie qui pourrait être associé à cela (pervertissant les artistes depuis des lunes)  c’est avant tout  une immense force créative (et créatrice) qui se dégage de la relation homme/imaginaire, pour ne pas dire l’homme imaginé, ou imagé transformant cette relation en une rencontre symbiotique entre le désir de créer et celui d’exister.  Peut-on survivre sans créer? Peut-on survivre sans au minimum se créer sa propre vie?

Lucien Ginsburg, à quant à lui, choisi de crée son propre personnage, celui de Serge Gainsbourg. Idiome qui s’est fusionné à lui-même, jusqu’à ne plus pouvoir définir les limites de l’un et de l’autre, jusqu’à se perdre entre les deux dans un abîme indéfini. Flou qui l’aura peut-être conduit à sa perte…

Ce (long) conte emboucané entre rêve et réalité voyage comme un long plan séquence à travers la vie et les méandres du personnage, balayant une vie à la manière des surréalistes. Passant du fictif au fantasme, de l’enfance à la folie, de la raison à la passion. Tout l’irréaliste et la beauté de la direction photo finissent par racheter les longueurs de certaines scènes en semant des traces de magie à tout moment.

C’est en partie la grande sensibilité (et la grande sincérité) de cette réalisation qui se veut totalement amoureuse  qui insuffle tout son sens à cet essai. L’amour inconditionnel de l’auteur pour le musicien, la passion d’un créateur pour un créateur. Le Gainsbourg parfois monstrueux (souvent en fait) de cette fiction se transforme à chaque plan en objet de fantasme.

Porté par la musique et les textes de Gainsbourg, ce film raconte avant tout une vie de passion et d’insoumission traversée par la débauche et la perversion, tout en réussissant à faire danser les spectateurs avec la vie. En fait, il nous donne envie de cesser de rêver continuellement sa vie pour enfin sortir de la salle obscure et commencer à vivre sa propre vie!

Un verre de Scotch. Quelques bouffées de tabac (heureuse fumée), un voyage en Harley, des histoires d’amours et de sexes passionnés et des limites à dépasser pour se sortir du « politically correct » qui dicte trop souvent nos vies… En somme, des histoires à se raCONTER… Qu’elles soient vérités ou mensonges.

Je vais aller prendre un verre de rouge avec mon ami imaginaire en dansant la javanaise!

Cinématographiquement vôtre…

MFL

~ par MFL sur 12 avril 2010.

4 Réponses to “Désir de vous raconter Gainsbourg…”

  1. Wow! Tu me donnes encore plus le goût d’aller voir ce film.

    Merci d’avoir partagé tes impressions sur le sujet.

  2. Voilà, je dois voir ce film!🙂

  3. Vraiment Marie-France, je n’ai jamais aimé ce gars-là. Je le regardais avec mes yeux pleins de préjugés, sûrement.
    Je me suis toujours perçu aussi iconoclaste que lui mais pas dans le même carré de sable ou pas dans la même clé !
    Tu arrives à me le rendre un peu plus sympathique, ce n’est pas rien !!! Merci de nouveau, chère amie !🙂
    P.S. mes « préjugés » venaient (viennent) du fait que j’avais un père alcoolique-adolescent et je n’ai jamais pu imaginer que quelque chose de bon puisse sortir d’une vie passée a essayer de s’anasthésier à l’alcool ou autre.

  4. Chère Marie-France,

    J’ai apprécié ce film autant que toi. L’oeuvre de Gainsbourg m’a toujours séduite: sa poésie, son originalité, ses saveurs… Et que dire de l’histoire de sa vie! Un artiste fascinant, influent et, malgré ses déboires, inspirant.

    Ce film à grand déploiement, réalisé avec audace et sensibilité, je l’ai reçu tel un cadeau. Comme une enfant, je me suis laissée bercer par ce conte, j’ai goûté chaque image avec ravissement, j’ai vibré sur chaque note de musique, j’ai frémis devant tant de sensualité. La magie cinématographique m’a envoûtée jusqu’à la moelle.

    PS: Je me promets de retourner voir le film avant qu’il ne quitte les salles de cinéma…!

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