Haut dans les airs…

Haut dans les airs,  (Up in the air)  adaptation d’un roman de Walter Kirn  et dernier opus du réalisateur Jason Reitman, qui nous avait déjà offert (entres autres) l’excellent Juno en 2007, est un sympathique coup de poing à la figure de notre monde de communication moderne.

Dans un décor de fin du monde économique et hermétique comme une cabine pressurisée et sans âme, Ryan Bingham traverse les Etats-Unis d’un ciel à l’autre afin de jouer le rôle du bourreau chargé de congédier les employés de diverses compagnies, suppléant ainsi à des directeurs d’entreprises qui n’ont pas le courage de faire face à la situation.  Des dirigeants qui refusent ce dernier face à face avec des êtres humains qui ont consacré une partie de leur vies à travailler pour eux.

Tous les jours, Ryan Bingham valse avec la détresse humaine, avec le sentiment de rejet, d’inutilité et de désespoir qui anime les êtres humains alors qu’ils se trouvent confrontés à cette sentence, souvent subite. Dans un univers déshumanisé, où ce contact humain devient leur seul salut, on projette de  centraliser cette mission autour d’écrans LCD, afin de maximiser les profits tout en diminuant les coûts de production. En somme, on propose d’optimiser les technologies modernes afin de pouvoir mettre de l’avant une stratégie de mise à pied massive, de congédiements en série, le tout en se débarrassant définitivement du contact humain, dernier bastion d’une société archaïque et civilisée.

À la tête de cette « révolution », Anna, une jeune diplômée, brillante et ambitieuse qui croit sincèrement en ces technologies nouvelles qui l’on vu naître, et qui confère à cette nouvelle génération un avantage certes, mais à quel prix?  Anna, réfute sans questionnement les méthodes anciennes (si on peut les nommer ainsi) et dans cet aveuglement, impose ses idées comme étant non seulement une solution, mais comme étant un pas à franchir dans un engrenage de « non retour » telle une bombe déjà amorcée qu’on ne peut plus fuir. Pour Anna, la technologie qu’elle chérie tant est devenu la seule manière de faire les choses si on veut être de son temps. On doit congédier les êtres humains par vidéo conférence  parce que c’est ainsi en 2009 point!  Elle ne déroge pas de cette idée jusqu’au jour où son « petit ami » la largue par SMS et qu’elle accuse le coup en se plaignant que c’est tellement pas humain de procéder de la sorte. Elle se retrouve alors une victime au centre même de ce paradoxe qu’elle a elle-même engendré.

Le film repose sur cette dichotomie constante qui balance entre technologie (qu’on à tendance à confondre avec évolution) et sentiments humains, ce sujet quasi tabou,  repère tranquille, ou l’être humain n’a pas évolué depuis son apparition sur cette terre.

Ryan croit en cette méthodologie qui à fait ses preuves, aux contacts humains, mais, ironiquement, tout dans sa vie hermétique l’éloigne des contacts humains, au point tel où lorsqu’il se retrouve avec ses propres sœurs, le malaise est si fort qu’ils n’ont pas deux mots à se dire. Sa vie se résume à un désir obsessif d’accumuler toujours plus « d’airs miles » et d’évacuer toute possibilité de laisser enter des sentiments réels dans sa vie et son cœur. De son côté Anna rêve de grands amours, de cœurs qui battent en simultanés, de famille, de mariage et d’enfants. Renforçant du coup cette antinomie qui guide le spectateur tout au long de cette parabole contemporaine.

Ces contradictions guident certes, mais provoquent également le récepteur au cœur de ces propres convictions. Tout s’oppose, tout se construit et se déconstruit, mais du même coup, tout s’amalgame.

Les avancés technologiques ne pourront jamais remplacer une véritable rencontre entre deux êtres humains. Le regard que l’on porte tant sur les nouvelles procédures de fonctionnements que sur les réseaux sociaux, n’est pas  irréfutable. Les technologies nouvelles doivent devenir un moyen et non un but. Tout comme un Monsieur Patissot (tel que décrit par Maupassant au 19e siècle) ne trouvera jamais les amitiés qu’il recherche tant, dans ses équipements « modernes » et hors de prix qu’on lui vend afin de combler le vide de ses dimanches de solitude…

En bref, ce film, au rythme saccadé et à l’humour lacéré,  évite de tomber dans de nombreux pièges typiques du cinéma commercial tout en conservant sa trajectoire de  départ soit :semer des pistes de réflexions, de Chicago à Miami, d’un coin à l’autre d’un monde occidentale, le tout avec la constance et la froideur d’un avion de ligne. Brillant.

MFL

~ par MFL sur 5 janvier 2010.

2 Réponses to “Haut dans les airs…”

  1. Merci pour cette critique sensible. Ce film trouvera preneur de mon côté.

  2. Renard

    Tout le plaisir est pour moi!

    Bon cinéma!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :