Salut Pierre!

arton21769

« Chaque Film, chaque maison, chaque poème, chaque robe, chaque chanson que nous créons fait exister le Québec, un peu plus chaque jour. Nos chefs d’œuvres , comme nos cochonneries. Parce que ce sont nos cochonneries. Le Québec existe dans nos rêves. Par nos rêves. Et le jour où nous cesserons de rêver, le pays mourra. »  P.Falardeau

J’aimais , non j’aime Pierre Falardeau. En fait, je l’aime comme j’aime les gens intelligents, comme j’aime les gens qui ont le courage de leurs idéaux dans un univers aseptisé où chaque être humain qui a le courage de s’exprimer se fait systématiquement traîner dans la boue. Je vénère le courage de ceux qui choisissent de se faire des ennemis. La liberté de penser est de plus en plus mise en péril et les médias de masse contribuent à entretenir la pensée unique et aseptisée. Triste. Désolant. J’ai bien peur que depuis vendredi soir la liberté ne soit plus qu’une marque de yogourt… Mais j’ose encore rêver que non.

Ils n’ont pas tort les fédéralistes qui se réjouissent de la mort du cinéaste, car depuis hier, la cause de la liberté est maintenant presque éteinte… Il y a eu Bourgault et maintenant lui… La relève étant absente, je crains qu’il soit difficile d’assurer le suivit d’une cause restée pratiquement sans voix. Quoi que hier soir, d’entendre Ariane Moffat affirmer que plus que jamais, elle avait le désir de se battre pour la liberté et la survie de son peuple m’a envoyé tout plein d’étoiles dans le cœur.

Je n’ai jamais compris pourquoi les gens étaient si frileux, pourquoi ils craignaient tant ceux qui affirmaient leurs idées. Au contraire, il n’y a qu’eux qui méritent réellement notre respect, qu’on soit en accord ou non avec leurs discours. Ils sont importants ces grandes gueules car il n’y a qu’eux qui éveillent les consciences, qui réveillent les masses endormies et qui invitent des sujets à l’ordre du jour. Un monde sans pamphlétaires sans polémistes ou personnages plus grands que nature serait gris et terne… (Il le devient d’ailleurs) Je ne veux pas d’un univers monochrome…  Hélas, il semble que c’est ce genre de vie dont la population rêve. La routine sans heurt et un écran plasma pour pouvoir regarder Le Banquier à sa guise en écoutant les voix sans âmes des académiciens. La vie est courte, elle passe et reprend, il faut la déjouer en la provoquant, en réagissant, en prenant des risques, on n’a jamais rien d’autre à perdre que la vie en fait. Falardeau rêvait d’un monde où les gens avaient l’espoir de se battre pour leur survie et d’une vie qu’on pouvait sculpter de nos propres mains comme tant de pays qu’on a le droit de se créer, de s’approprier.

Il disait: « L’important n’est pas de bien ou de mal en parler mais d’en parler »… Voilà! Et dans le meilleur des mondes de pouvoir en parler dans notre propre langue. Il y a un peu plus d’un an, ici même, je rédigeais  cet  hommage aux penseurs insoumis,  pour ceux qui n’ont pas peur de prendre des risques, ceux qui cherchent à comprendre, qui vivent pour les autres et pas seulement pour eux-même… Les chercheurs de rêves, les déchiffreurs de mots… Ceux qui à coup d’essais et d’erreurs apprennent à marcher en tombant ici et là sur le parcours atypique de l’histoire du monde. Ils ne sont pas nombreux, le courage que tout cela demande est si grand que très peu d’êtres humains ont cet oubli de soi-même, cet altruisme, ce coeur, ce si grand coeur. Des « imagineurs » qui ont dans le regard cette petite flamme qui vacille, qui ne s’éteint jamais, même avec un oeil au beurre noir dans le plus profond de l’âme…

Falardeau était de ceux là, je connais très peu de ses détracteurs capable de semer le discours de Frantz Fanon aux quatre vents, de citer tous les grands auteurs et philosophes… Tout comme je connais très peu de fédéralistes capable de comprendre ce qu’est la survie d’un peuple…Ce que c’est que de devoir se battre à tous les jours pour exister. Falardeau ne se battait pas que pour la survie du Québec, il appliquait ses principes d’égalités à tous les peuples opprimés vivant sur cette planète. Rêver de liberté à coup de mots, de créations et de plumes… On sait tous que tous les terroristes du monde utilisent ces moyens pacifiques…

En fin de semaine ce n’est pas qu’un intellectuel que le Québec a perdu, c’est un grand artiste, un réalisateur brillant, touchant comme on en a plus beaucoup ici. Il en mangeait du cinéma, il s’est battu toute sa vie pour obtenir le droit de faire les films qu’il voulait sans jamais faire de compromis. Son oeuvre est immense, de larmes en prises de consciences, d’éclats de rires en dénonciations de colères qui dansent avec la vie, avec le réel, avec toute la passion du monde mais également avec tout le savoir faire du monde et toute la sensibilité du monde, dans chaque plan dans chaque réplique… Il ne faisait pas de film en fonction du box office, il faisait des films parce que pour lui c’était sa propre survivance qui passait par là, c’était son cri, sa jouissance, son salut.

Il y a de ces vides qu’on ne peut pas remplir, des espaces qui nous laissent sans voix. Vide social, vide artistique… Le cinéma d’ici est aujourd’hui, amputé d’un membre important, mais son oeuvre est désormais immortel (tant qu’il y aura des gens qui sauront comprendre la langue de ses personnages…) Aujourd’hui, j’ai envie de crier, de sortir ma plume, mais avant tout, je voulais saluer le départ d’un être humain comme il n’y en a plus.

Miron n’est plus…

Bourgault n’est plus…

Félix n’est plus…

Pauline n’est plus…

Aujourd’hui Pierre n’est plus…

Il y a une chose que ces vides me confirment à chaque fois, une certitude aussi sublime qu’une pleine lune de printemps, c’est qu’il faut continuer à se battre… Je ne sais pas où ils sont maintenant, mais le chemin qu’ils ont mis une vie à défricher doit être dès aujourd’hui, le terrain sur lequel nous construirons les bases d’un pays libre, libre de géographie, libre de droit, libre de langage et surtout et avant tout: libre de penseurs…

Salut Pierre!

MFL

~ par MFL sur 28 septembre 2009.

10 Réponses to “Salut Pierre!”

  1. Trudeau était aussi une grande gueule🙂

  2. Bravo, Bravo, Bravissimo!🙂

    Sans blague, c’est le meilleur hommage que j’ai lu jusqu’à présent Contrairement aux autres, tu as bien réussi à exposer autre chose que « Falardeau le militant séparatiste ». Comme s’il n’y avait que ça!😦

    Néammoins, si (et je dis bien si) j’écris sur lui, je ne serai pas aussi dithyrambique concernant ses dernières années de militantisme séparatiste. Mais comme cinéaste, Falardeau est sous-accompli et nettement sous-estimé!

    « Rêver de liberté à coup de mots, de créations et de plumes… On sait tous que tous les terroristes du monde utilisent ces moyens pacifiques… »

    Bien dit!🙂

  3. Pourquoi ne pas visionner ou revisionner Le temps des bouffons?

    http://anarchopragmatisme.wordpress.com/2009/09/28/le-temps-des-bouffons/

  4. David

    ou encore « Speak White »

  5. En effet!

  6. Madame, votre texte est tellement beau, j’en suis jalouse. Je vous remercie grandement pour ce moment de pure délectation au travers un nuage de tristesse. Merci.

  7. Noisette!

    Ah! Si vous saviez comme un commentaire de la sorte fait du bien au travers ce nuage de tristesse!

    Merci!

  8. Mais de rien. Il venait du fond du coeur.🙂

  9. J’appuie nettement Noisette!

  10. Vous avez tout dit… très bel hommage.

    Je suis entrain de lire « Québec Libre! » et c’est très fort. Falardeau parle du Québec dans ses oeuvres… mais comme vous le dites… c’est tellement plus que ça.

    Il parle tout d’abord de liberté… de libération.

    Salutations,
    Romain D.

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