En mode Géraldy


CHANCE (Paul Géraldy)

Et pourtant, nous pouvions ne jamais nous connaître !
Mon amour, imaginez-vous
tout ce que le Sort dû permettre
pour que l’on soit là, qu’on s’aime, et pour que ce soit nous ?
Tu dis : « Nous étions nés l’un pour l’autre. » Mais pense
à ce qu’il a dû falloir de chances, de concours,
de causes, de coïncidences,
pour réaliser ça, simplement, notre amour !
Songe qu’avant d’unir nos têtes vagabondes,
nous avons vécu seuls, séparés, égarés,
et que c’est long, le temps, et que c’est grand, le monde,
et que nous aurions pu ne pas nous rencontrer.
As-tu jamais pensé, ma jolie aventure,
aux dangers que courut notre pauvre bonheur
quand l’un vers l’autre, au fond de l’infinie nature,
mystérieusement gravitaient nos deux coeurs ?
Sais-tu que cette course était bien incertaine
qui vers un soir nous conduisait,
et qu’un caprice, une migraine,
pouvaient nous écarter l’un de l’autre à jamais?
Je ne t’ai jamais dit cette chose inouïe :
lorsque je t’aperçus pour la première fois,
je ne vis pas d’abord que tu étais jolie.
Je pris à peine garde à toi.
Ton amie m’occupait bien plus, avec son rire.
C’est tard, très tard, que nos regards se sont croisés.
Songe, nous aurions pu ne pas savoir y lire,
et toi ne pas comprendre, et moi ne pas oser.
Où serions-nous ce soir si, ce soir-là, ta mère
t’avait reprise un peu plus tôt ?
Et si tu n’avais pas rougi, sous les lumières,
quand je voulus t’aider à mettre ton manteau ?
Car souviens-toi, ce furent là toutes les causes.
Un retard, un empêchement,
et rien n’aurait été du cher enivrement,
de l’exquise métamorphose !
Notre amour aurait pu ne jamais advenir !
Tu pourrais aujourd’hui n’être pas dans ma vie !…
Mon petit coeur, mon coeur, ma petite chérie,
je pense à cette maladie
dont vous avez failli mourir…

J’aime les mots des autres…

MFL


~ par MFL sur 23 mars 2009.

8 Réponses to “En mode Géraldy”

  1. Ces mots ne peuvent faire autrement que de te toucher. Il est donc normal que tu aimes ses mots et que tu aimes les mots des autres en général.

    Mais j’aime aussi TES mots…

  2. Anarcho

    Si tu savais, et si je savais, comme je saurais….

  3. Très, très beau. Et on le sait, tu le sais, ils le savaient.

  4. Et tu le sais…🙂

  5. Sachez que cette savante discussion a su me faire sourire. Très beau!🙂

  6. Tiens, un peu de Jean Leloup, pour poursuivre:

    Je sais que je ne t’attendrai jamais et
    Je sais que tu le sais
    Je sais que tu ne m’attendras jamais et je sais
    Que je le sais

    Je devrais l’écouter ce soir!🙂

  7. Un recueil intéressant quoique parfois un peu désuet dans la vision des relations amoureuses, le féminisme n’avait pas encore conquis beaucoup d’espaces. Je me souviens l’avoir lu dans la bibliothèque familiale – ou était-ce celle de ma grand-mère – alors que j’étais lycéen. Merci pour ce voyage d’un autre temps.

  8. Daud, tout à fait, le recueil date de 1960, j’aime la dialectique entre le désuet des contextes et l’intemporel des sentiments, entre le temps passé qui se confronte au présent. Certaine mœurs évoluent, mais dans l’absolue, l’amour vrai reste intact.

    Mais il y a tellement de beauté dans ses mots…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :