Journal d’hiver…

hpim0517

Il n’y a pas toujours de raison à un échappement, la fuite n’est pas toujours physique, mais dans certains cas si l’homme précède l’essence, la fuite précède le problème. Il est possible que « problème » soit un grand mot, mais lorsque l’être humain se retrouve seul à devoir tirer les cordes de sa propre existence et qui plus est, sait mesurer l’échelle des conséquences en fonction de leurs possibilités d’impacts respectifs et exponentiels, il est possible que le simple fait de cette prise de conscience puisse appeler ou provoquer de terribles angoisses telles que la fuite. Elle devient alors un havre tranquille, hors du temps, et qui sait échapper provisoirement au réel afin de tenter de saisir le sens des évènements dans l’illusoire et de voir si de cet autre point de vue, les solutions pourraient apparaître sur les murs invisibles de l’angle nouveau. Il n’y a pas de mal, lorsque nous ne savons pas croire, à mesurer la valeur et la portée réelle de chacun de ses actes. Croire en un être supérieur à l’être humain est d’ailleurs un choix qui n’est pas sans conséquence, car une fois la décision prise, celui qui fait ce choix doit assumer le fait qu’il y a des répercussions sur ses semblables. Comme celui d’abandonner à une autre entité le pouvoir de ne pas être maître de sa destinée. Existentialisme comme propos, sans doute. Sans prétendre y adhérer, je sais tout de même que mes décisions convergent inévitablement sur plusieurs conséquences pour moi et pour les autres. L’angoisse naît dans l’univers des « si »… Et si je faisais autrement, où serais-je dans dix ans? Qui aurais-je rencontré, ou pire, qui je n’airais pas rencontré?

Par la fenêtre, la neige virevolte, dans l’immensité du territoire, c’est apaisant comme si mon univers se couvrait de velours, enrobant les sapins sur le bord du Lac quenouille. La glace est mate, elle apparaît au gré du vent lorsque la neige se retire pour en découvrir le sol gelé. Le charme tranquille des grands espaces, comme diraient nos amis français, mais surtout, la distance temporaire avec le quotidien urbain. La vue circulaire de la tourelle de pierre ne mène pourtant nulle part… Que des sapins enrubannés de blanc, impassibles et du blanc, blanc immaculé, blanc philosophe qui semble absorber tous les sons. Comme si plus aucune musique ne pouvait l’atteindre comme si, faisant fi de l’improbabilité, le silence savait s’imposer comme seule vérité. Absolue.

Parfois ce même silence est arrogant. Il sert d’alimentation entre la réalité et les idées noires. La grande majorité des angoisses trouvent leurs racines dans le silence. Dans l’absence de tous ces bruits rassurants qui me réconfortent. Je suis libre comme un oiseau dans ma tête, mais mes bruits amis savent rompre le flux incessant de mes hallucinations faussées. La musique m’est vitale. La musique est le seul remède à ma solitude. L’espoir ne peut naître que dans la musique dans l’absence du vide, alors que l’idée de la mort est momentanément écartée. Mais il y a de ces fois où il n’y a plus d’espoir. C’est alors que je ne peux trouver l’espoir que là où plus personne n’en voit, là où on me fait comprendre qu’il n’y en a plus. Plus on me conseille de « décrocher » plus je ne perçois de traces d’étoiles que là. Je sais bien qu’on m’a dit jamais. Mais c’est dans ce « jamais » que je trouve la force de vivre, car un jour on m’a aussi dit « il ne faut jamais dire jamais » car personne ne peut prévoir. C’est là que se trouve la lumière, dans cette improbabilité plus belle que la mort. Si j’étais la seule à avoir tout compris? Pour une fois… C’est cette décision que je suis prête à assumer pleinement. Le choix et ses conséquences. J’assume, je crois. Je pleure aussi. Le temps n’arrange jamais les choses, quelle jolie lubie par contre.

Ici, isolée, tellement loin de Montréal, tellement tellement loin de Paris. Entre une séance photo et une game de pool. Entre un verre de Bordeaux et une chaudronnée d’orignal. Entre Jean-Paul Sartre et un chocolat à la fleur de sel, les traces de pas dans la neige n’ont aucune apparence humaine. Le feu est électrique et la télévision diffuse une histoire d’amour qui se termine bien. Ce n’est pas paradisiaque, c’est juste faux, imagé. Ce sont des amours de cinéma, tout comme la vie de chalet n’est pas la vie. L’horloge indique la fin des festivités tout comme le générique met fin à l’histoire. Le réel reprend les rênes. Le soleil ne brille alors plus pour de vrai, ce n’est pas sa chaleur qui réchauffe car il n’y a de chaleur que dans mes rêves. Le rêve se transforme ainsi en moteur qui permet à mes pieds d’avancer. Peut-être, devrais je aller prendre une grande marche jusque dans l’infinie, loin des tristesses, de l’amour et de ses douleurs. Ah mon ennemi. Amour-haine. À l’image de mon château, il me faudra construire une forteresse telle que plus jamais ils ne pourront m’atteindre. En aurais-je la force? Qu’on me dise pourquoi, la survivance doit absolument passer par le déni de ses propres sentiments? Oublie-le qu’on me disait… Oublis-moi qu’il me disait… Au nom de quoi? Pour atténuer sa propre peine? Pour qu’on s’accorde le droit de me dire « je te l’avais dit? ». Est-ce de la folie que de choisir d’aimer inconditionnellement? De choisir de vivre sa vie seule et triste comme seule alternative possible à celle de ne pas pouvoir la vivre avec lui? L’abandon est un choix, seulement ce n’est pas le mien… Quand je disais que chacune de nos décisions avait des impacts réels et majeurs sur la vie des autres…

MFL

~ par MFL sur 19 janvier 2009.

5 Réponses to “Journal d’hiver…”

  1. C’est bon de te retrouver dans ce genre de texte!🙂 Bravo!

    « La grande majorité des angoisses trouvent leurs racines dans le silence. »

    Entièrement d’accord. Et la musique est un remède à ce silence.

  2. Ce blanc comme un renouveau pour abattre les murs du chagrin assaillis de questions, et la musique qui ôte le fardeau pesant d’une désolation pour que de la solitude naisse la paisible sensation d’être ensemble avec soi-même afin de retrouver la vie et la vie des autres. La voix silencieuse d’une voie pleine de musiques, dans l’harmonie des choix.

    A bientôt

  3. Daud

    Heureuse de vous retrouver dans ma bulle isolée. Déjà, vos mots remplis d’espoir sont une musique dont je ne pourrais jamais être lasse.

    Au plaisir

  4. superbe ce billet remplis de vide hivernal, à la recherche de toi, avec ton toi, sous ton toit en ce froid et blanc janvier.

  5. Merci, je crois que je ne me suis jamais tant dévoilé qu’ici…

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