My blueberry nights…

Quoi de mieux pour noyer un chagrin qu’un tête-à-tête avec le génie absolu de l’esthétique plastique! Le dernier Wong Kar Wai, My Blueberry nights, présenté l’an dernier à Cannes, était enfin (pour le plus grand bonheur de la fille que je suis) disponible au Québec. Je l’ai enfin rencontré, découvert, il m’a séduite, fascinée et subjuguée comme à son habitude! Je me suis enfin plongée dans son univers de la solitude, et du du vide abyssale de l’existentiel, magnifié par le réalisateur philosophe.

L’esthétique de Wong Kar Wai se reconnaît parmi mille, à chaque fois, à chaque plan, il en émerge une pureté, une beauté transcendante, qui serait capable de me faire mourir de jalousie (d’une mort lente et pénible). Chaque élément qui entre dans le cadre est étudié, cadré, recadré, décadré avec ce souci précis de créer un univers idéal, un lieu abstrait, où le concret séduit le fantastique et l’illusoire. Chaque objet, chaque morceau de peau devient autre chose modifiant ainsi tout ce que l’on imagine appartenir au monde du matériel et du tangible. On circule dans le classique métaphysique, dans l’intemporel… Je le soupçonne même d’être maladif et tyrannique lors des tournages… Le regard est sans cesse obstrué, on ne peut jamais saisir l’intégralité d’un plan, tout comme on ne peut jamais saisir une situation objectivement dans la réalité, sans en saisir les nuances. Mais ce génie de la plastique et de ces univers colorés (et clos) aux couleurs saturées et à l’éclairage diégétique vacillant, qui voyage dans les tableaux (car tout comme dans In the mood for love et 2046, chaque plan est un tableau) sait aussi cerner, pour ne pas dire sonder les profondeurs de l’esprit humain, le tout avec cette précision quasi chirurgicale, offrant au regard une perfection de tous les instants.

Pendant quelques minutes, il réussit même cet exploit invraisemblable (inavouable) de nous faire croire que l’amour peut exister… Que l’amour peut être tangible. Il n’a fallu qu’une année à Élizabeth pour traverser cette rue qui la menait à celui qu’elle aimait. celui que la solitude lui avait fait rencontrer. Qu’une année pour atteindre l’autre côté de la rue, de cette avenue new-yorkaise, en passant par le Nevada et la côte ouest… Mais elle a finalement atteint cette face opposée d’une même avenue… Avec une certitude nouvelle de celle qui sait, que l’amitié, que l’ami était le seul et unique…

Fidèle à la dynamique du réalisateur, on erre au travers la fiction à coups de travellings latéraux lents et saccadés… flous et envoûtants. L’étrange légèreté confère à l’œuvre une odeur de tarte aux bleuets, dans un univers bleu et orange, avec des parfums d’un improbable temps qui s’arrête, qui s’efface, laissant tranquillement fondre la glace vanillée sur les angoisses de la solitude partagée…

Sans rancune

MFL

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~ par MFL sur 27 mai 2008.

6 Réponses to “My blueberry nights…”

  1. Encore une excellente revue pour une oeuvre cinématographique. Bravo!

    Par curiosité, j’aimerais voir le même genre d’écrit pour un mauvais film.

  2. Il y a tellement de films extraordinairement brillants,(plus que je ne pourrai jamais en voir tout au long de ma vie) pourquoi perdrais-je mon temps à visionner des mauvais films!! j’avoue qu’il m’arrive d’être déçu par certaines productions, mais je préfère simplement les ignorer! En outre, si un jour je suis payé pour faire ce que je fais bénévolement et amoureusement ici, il va me faire plaisir de faire des critiques lapidaires et tyranniques de tous les futurs autres mauvais films de Karine Vanasse!

  3. Évidemment, la vie est trop précieuse pour s’obliger à voir des mauvais films mais je serais tout de même curieux de te voir écrire sur un film décevant et inférieur à tes attentes. On s’apercevrait encore plus de ton génie critique.

    Les mauvais films de Karine Vanasse, calvaire!

  4. Mon génie critique!

    C’est trop d’honneur!

    Mais oui, je veux bien relever le défi!

  5. Bon, je vais seulement dire que cette photo et sa composition (montage avid ou photoshop) est vraiment géniale. J’aimerais en faire des identiques et réussir à capturer un tel regard. Ouf 😉

  6. @Mazsellan

    C’est un fragment du film… C’est ce que je voulais dire quand je disais que chaque « frame » d’image est une oeuvre picturale d’une beauté plastique à coupé le souffle. C’est que qui crée l’envoutement tout au long des successions de plans…

    Le génie du réalisateur fusionné à la beauté de Norah Jones…

    Pour le reste, de réaliser une image de ce type avec l’aide de photoshop n’est pas si difficile!

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