La femme d’avant…

De : Roland Schimmelpfennig
Mise en scène : Theodor Cristian Popescu
Avec Sacha Samar, Chantal Dumoulin, Cristina Toma, Hubert Lemire et Livia Sassoli.
Au Prospero
du 12 février au 1er mars

Imaginez, vous êtes marié depuis 19 ans à la même femme, de cette union est né un enfant qui aujourd’hui est presque un adulte. La vie suit son cours, vous ne vous posez pas trop de questions, vos projets d’avenir vont dans le même sens. Aujourd’hui comme hier et hier comme demain.

Un jour, on sonne à votre porte, vous ne la reconnaissez même pas, mais il s’agit de votre amour d’adolescence! Celle à qui vous avez juré un amour éternel, il y a maintenant 24 ans qui est là, devant vous. Elle ne vous demande qu’une chose; honorer cette promesse qui a été faite! Pire encore, elle ne semble pas comprendre en quoi le fait d’être marié depuis 19 ans et père de famille peut poser problème…

La vie est simple, on s’est aimé, alors on s’aime encore… Est-ce que l’amour peut cesser d’exister? Est-ce que l’amour qui a existé peut s’effacer, tomber dans l’oubli, par opposition à cet amour qui n’a, en somme jamais été? 24 années peuvent-elles effacer un amour idyllique, un amour qui n’a pas eu l’occasion de s’éteindre par lui-même, de se consumer dans le temps?

Beaucoup de questionnement qui découlent de ce texte. Car si dans les premiers instants, on trouve la situation quasi ridicule, porté que nous sommes à se laisser diriger par le merveilleux monde des conventions (même si inconsciemment la plupart du temps) et que notre premier réflexe consiste d’entrée de jeu à juger cette femme qui revient, cette femme d’avant en y apposant des mots tels que, folie, maladie etc. On finit par mettre ces réflexes automatiques de côté pour plonger cette fois-ci dans le monde du questionnement, de la réflexion. On se surprend à tenter de passer outre notre autodétermination et à envisager toutes les possibilités. C’est à ce moment que l’on entre dans le jeu, que l’on cesse de considérer les évènements comme des acquis, mais plutôt comme des instants qui ne sont pas encore façonnés par les décisions de notre existence.

J’entends ici que chacun devrait être maître de sa vie, responsable de ses décisions, même si le poids des conventions sociales a tendance à faire peser le poids de la balance ce côté. J’y reviendrai…

Pour le moment, je fais fi du texte et je me demande, ce qui serait le plus difficile pour cette femme qui aurait passé 19 ans de sa vie avec un homme, sans jamais se poser de questions, et qui du jour au lendemain l’abandonnerait pour une autre femme presque inconnue (car ici, il n’est pas question d’un homme qui tombe amoureux d’une autre femme et qui choisit de laisser sa femme) comme cela sans se poser de question. Qu’est-ce qui serait le plus difficile à accepter? L’abandon ou le regard des autres, qui se donneraient le droit de juger de cette décision? Ou encore se rendre compte que les 19 dernières années de sa vie n’ont été que du vide…

Jusqu’à quel point nos choix nous appartiennent-ils? Est-ce que tout ne serait pas que fatalité?

Et combien d’autres questions qui découlent d’une seule écoute de ce texte?

Tout au long de la pièce, il se dégage une impression de vide. Comme une absence totale, un néant qui englobe tout sur son passage. Tout d’abord, il y a le vide de l’espace scénographique, ce lieu vidé de toutes traces de vie, qui éclate dans un blanc total, le blanc des portes, le blanc de l’éclairage, le blanc des néons. Puis il y a le vide des personnages, le vide existentialiste, le vide de l’indécision. Ce vide se répercute même dans les choix de mise en scène ou même les bruits d’eau dans la douche sont représentés pas des messages silencieux.

Le temps est suspendu dans une temporalité déconstruite, qui se défait et se recrée provoquant ainsi les chutes et les montées dramatiques. Mais c’est dans cette simplicité désarmante et efficace que la magie de la rencontre opère. Il apparaît alors que la superficie des choses n’existe plus. On se retrouve à l’intérieur même de cet univers qui nous échappe. La clôture de la pièce, étrange, ira également dans ce sens de l’intériorité des choses.

Ils ne sont pas attachant ces personnages que l’on côtoie, comme s’ils étaient chacun à leur manière, trop humain pour que l’on s’y identifie vraiment, pour que l’on se sente impliqué dans leur vie. La situation est d’autant plus paradoxale que la raison est sans doute que c’est parce qu’ils nous ressemblent trop. Peut-on aimer un personnage, qui nous fait réaliser que nous ne sommes pas maîtres de sa propre vie, que notre vie est sans doute aussi vide que la leur? D’ailleurs, cet effet « miroir » est sans doute une explication au fait que l’on se pose tant de questions.

Dans sa « pseudo critique » de la pièce, Josée Bilodeau (Radio-Can) termine son texte avec cette phrase que j’ai bien aimé; « Pour ceux qui croient leur chemin tracé d’avance, voilà une pièce qui offre de quoi douter un peu. » Douter pour exister! Ou encore voir du théâtre pour exister! Mais exister peut aussi vouloir dire, ne jamais rester indifférent. Chercher à comprendre ce qui a résisté à notre perception, ou encore de mettre des mots tangibles sur les émotions positives que l’on a ressenties. Pour finir par se dire comme à chaque fois; Et bien, je dois me poser trop de questions!

Mon intention n’est pas ici d’analyser chaque fragment de l’œuvre, elle n’est pas non plus de tenter de recenser toutes les failles ainsi que toutes les ouvertures. En fait, je dirais, que le processus est peut-être seulement et simplement une manière personnelle et purement égoïste de mettre des mots sur des sens… Si ce n’est une tentative ultime d’essayer de me comprendre moi-même!

En attendant, soyez conscient des conséquences dramatiques que peuvent avoir ces simples mots « J’te jure que je t’aimerai toujours » la prochaine fois que vous les prononcerez!

On me dit souvent que les « blogueurs » sont des gens narcissiques! Peut-être que oui finalement! Mais qui tentent avant tout d’essayer de trouver un sens à leurs propres existences! En fait, c’est sans doute une volonté inavouée de laisser une trace, tout comme Andi qui a besoin de laisser sa trace (son tag) partout, en espérant qu’on sache qu’il a déjà existé, qu’il est un jour passé par là.

À la suite de la pièce, une discussion fort intéressante sur l’état de la critique dans le milieu artistique québécois a été ouverte. (Les principaux intéressés s’y reconnaîtront). À la suite de ceci est né mon désir de pousser ma réflexion sur le sujet encore plus loin… je compte bien y revenir dans les prochains jours ou encore les prochaines semaines, en attendant j’ouvre le débat! Qu’en est-il de la critique au Québec? Dans quelles mesures l’étroitesse des différents milieux (artisants versus intervenants) contribue-elle au fait qu’il soit impossible d’y aller de critiques constructives, allant dans une sphère différente du simple j’aime-j’aime pas!? Allez-y, soyez constructifs!

Sans rancune

MFL

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~ par MFL sur 16 février 2008.

4 Réponses to “La femme d’avant…”

  1. Et je dirais d’aller voir ce blog de Dario Larouche qui a (ré)ouvert malgré lui cette réflexion sur la critique dans le milieu culturel.

    http://www.lesclapotisdunyoyo.blogspot.com/

  2. Merci 🙂

  3. je respectes

  4. car je l’ai déja lu

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