
Vous connaissez ces « résidences » pour personnes « du troisième âge » ou personnes retraitées, qui poussent plus vite que des condos sauvages ces dernières années? Des havres de paix, où l’on stocke, apparemment dignement, nos personnages âgées. En réalité on fait mieux que cela, on les attire avec des bonbons et du sucre et finalement, ils choisissent eux-mêmes d’y élire domicile, ce qui déculpabilise les familles qui n’ont plus la tâche ingrate de devoir les y placer. Si c’était seulement ça.
Des entrepôts à vieux, dans des bulles de verre. Des halls d’entrés en marbre, des lustres en cristal, des palmiers de 5 mètres de haut, des jardins, des piscines dans des vitrines, un endroit où, il fait bon vivre, des endroits rassurants, et sécuritaires, où tous les services sont offert sur place. Bref, des microcosme organisés, des guettos, où l’on apprend tranquillement à fuir le monde réel. Mais que se cache-t-il sous ces apparences de luxe et d’opulence malsaine? Des appartements de la taille de souris anorexiques, des vieux tapis pleins de poussière, pas d’air conditionné, des rues de marchettes et de chaises roulantes, des corridors sombres, enlignés, oubliés. Je regarde ça, et j’ai envie de pleurer, je rage de voir les prix astronomiques qu’on arrache à nos aînés pour vivre dans des endroits qui sont d’une tristesse infinie. Des tours, des gratte-ciel, des villes complètes de personnes âgés qui craignent le soleil.
Salon de coiffure, infirmerie, salle de spectacle, gym, dépanneur… Services utiles, soit, mais si on prend le temps d’y réfléchir un peu, ça “désautonomise” tranquillement les gens. Il faut peu de temps pour que les nouveaux résidents qui était très autonomes encore, s’assimilent à ce mode de vie, et finissent après peu de temps, par ne plus jamais avoir besoin de sortir, par ne plus jamais avoir besoin de prendre de décisions, on charge le gros prix pour les loyers en prétextant une multitude de services, mais ils ne sont pas gratuit ces services, les proprios finissent tranquillement par mettre la main sur l’intégralité des revenus des résidents en allant chercher tous les sous qui n’étaient pas compris dans le loyer. Exploitation, exploitation, exploitation… On leur fournit un autobus pour les amener dans une épicerie unique et obligée, je ne serais pas étonné que les proprios aient une cote en remerciement d’une clientèle fidèle et nombreuse.
Et les activités, comme si en 2009, l’intégralité des personnes âgées ne vivait que pour le bingo et les spectacles hommages à Fernand Gignac, S’il y en a pour tous les goûts dans la société, pourquoi faut –il qu’on uniformise le divertissement avec des idées préconçues, archaïques et aliénantes? Et surtout, pourquoi personne n’ose s’insurger? Demander plus, plus de variété, plus de découverte, pourquoi avec les mois, l’idée d’attendre la mort devient la seule véritable activité journalière? Une personne qui a 65 ans en 2009 est née en 1944, elle a grandi avec Elvis Presley et le rock ans Roll, puis avec les Beatles, elle avait 25 ans lors du Bed In de John et Yoko à Montréal, elle a connu les Rollings Stones, possiblement écouté Led Zeppelin, Harmonium… Elle a élevé des enfants, voyagé, visité l’expo en 67, découvert le monde… Alors pourquoi?
On déshumanise les gens, on les déresponsabilise, on leur apprend à devenir les pions d’un système dans lequel ils finissent par oublier qui ils sont, qui ils ont été. On tue les espoirs et les rêves. Plus de place aux hasards de la vie et aux rencontres fortuites, non, on marche sur le plancher de marbre de l’indifférence, on fait payer aux locataires des travaux d’entretien qui devraient être défrayé par les propriétaires. C’est purement et simplement criminel. Mais après quelque temps dans un vase clos, les gens en oublient leurs droits, tranquillement ils en oublient de penser, et en peu de temps ils deviennent vieux, et c’est à mon avis le pire. Pas de vieillir, mais de devenir vieux à 60 ans.
Ils en oublient même leur droit de sortir dans le monde réel, puis tranquillement la peur du vrai monde s’installe, sournoisement, et une génération complète se met à craindre de rencontrer des enfants, des adolescents. Le tout sous l’œil approbateur et compatissant de médias et de réseaux comme TQS et TVA qui deviennent leurs seuls amis, leur seul regard sur le monde et où on leur confirme qu’ils ont raison d’avoir peur. À quand des tournées de Star Académie dans les résidences pour aînés?
J’aurais envie de crier mon indignation, je rêverais presque qu’une émission comme J.E ou la Facture s’empare de ce dossier et dénonce publiquement toutes les exploitations dont sont victimes les résidents de ces maisons dont le seul but est de s’enrichir aux dépends d’une population vieillissante. De s’enrichir en prenant jusqu’au dernier centime de ce que les gens ont travaillé toute une vie pour obtenir, pour s’assurer une fin de vie paisible à l’abri de tout souci.
Une prison à beau être en marbre, ça demeure une prison.
Une cage à beau être en cristal, ça demeure une cage…
Et que fait-on avec les gens qui ont donné toutes les économies d’une vie dans ces résidences et que, parce qu’ils ont vieilli trop longtemps, n’ont plus un sou pour pouvoir continuer d’y vivre? Eh oui, on les place des CHSLD aux frais de l’état où ils finiront leurs vies, comme des animaux de cirques qui ont fait leur temps.Triste destin.
On leur vend du rêve, tranquillement ils se retrouvent dépendants, floués, et plus du tout autonome! C’est drôle, je donnerais pas mal la même définition à une secte.
Je ne souhaite qu’une chose, c’est que la génération vieillissante ne tombe pas dans ce panneau, et que toutes ces résidences se mettent à tomber une après une.
Vieillir devrait être un privilège et non une déchéance, du moins quand la santé est au rendez-vous.
MFL
Allergique au marbre façade de l’exploitation humaine