Détonations en sol dièse…

•25 juillet 2010 • 8 commentaires

Je suis un baromètre friable lorsque se pointe l’été. Cassante, vibrante et déformante. Ça gazouille fort aux confins des mes âmes entremêlées. Peut-on réellement commencer à exister à 30 ans? J’ai l’âme vague, parce que j’ai trop vu, trop compris et pas vécu. Je serpente les jours à la recherche d’une île qui ne  serait plus isolée, je convoque les mois à venir en une grande mascarade de sortilèges jetées aux esprits malveillants qui tenteraient de briser les rêves de ceux que j’aime, de coups de baguettes lancées aux destins des plumes de lumières, de concoctions de filtres de vérités aux parfums de jasmins et de roses. Bien sûr il y a l’ennemie à démasquer, mais il y aura beaucoup plus difficile, il y aura un choix à faire concernant les masques que je choisirai comme étant les miens.

Je ne me souhaite pas différente, simplement je me souhaite affirmée et libre. Libre de danser et de virevolter dans la poussière urbaine. Jamais confondue à la toile de fond qu’on me supplie d’imiter tel un camouflage humain. Lorsqu’on est explosive, il est impossible de ne pas détonner. J’ai toujours été l’étincelle qui allumait les regards affaiblis pour les projeter vers une suite plus heureuse, qui rallumait les étoiles dans les pupilles assombries… Vers un ailleurs dans lequel je n’avais plus ma place…

J’ignore si je manque mes chances ou si les chances me manquent. Peut-être que, tout simplement, j’aimerais qu’on m’aime moins, mais qu’on m’aime bien. Être aimé tel qu’on est, ne serait-il pas le fantasme ultime? On m’a  toujours aimé idyllique, mais jamais au point de renoncer à me souhaiter une autre, Jamais au point de renoncer à une autre. C’est marrant comme les mots me manquent aujourd’hui, où serai-ce moi qui manque mes mots, mots absents, qui ne se déroulent pas en colonnes bien ordonnées, qui ne défilent pas en  enchaînements harmonieux. Ils s’envolent. Et si je les aime moi les routes en zig zag ? Mon âme est blanche, mais ma magie est noire. On ne fera pas de mal à ceux que j’aime, et on ne m’en fera plus. Et tant pis ce qu’on dira de ça.

Je veux jouer du Ukulélé  blanc sur mes nuits tapissées de lunes. Je veux pouvoir dire, j’ai enfin eu droit d’avoir 30 ans, et de pouvoir rajouter : Maintenant j’existe.

MFL

Évasion estivale…

•17 juillet 2010 • 7 commentaires

Qu’elles caramélisent ces pommes, zestées de limes et de grenades qui exploseront sous les sens.

Dans le four chaud de nuit, dorent ces belles aubergines, bercées par des effluves de courgettes jaunes, d’une cascade de sauce ivre de vin blanc et de champignons sauvages. Les arômes « jazz » les minutes qui s’écoulent sereinement. Fleur de sel, olives noires et filet d’huile d’avocats…

Vinaigre de noix, suprêmes d’oranges sanguines et pamplemousses grillés… Estragon frais, croquant d’amandes et de bleu d’Auvergne…

Granité de clémentines, cognac et poivre noir

Tartare de truite, asperges grillées, graines de sésames, flan de betteraves roses et tiam de tomates aux couleurs de l’arc en ciel de  figues marinées et de thym…

Camembert de chèvre chaud fumée sur sa planche de cèdre, et papayes séchée…

La crème brûlée à la rose flirte avec la glace aux myrtilles et le  caramel de porto…

Je m’évade estivale…

MFL

Lubricités rabelaisiennes…

•7 juillet 2010 • 8 commentaires

L’eau a des effluves de concombre frais. J’aurais envie d’y lancer quelques branches de thym. Peut-être, pour y respirer le parfum d’un été de douceurs, peut-être pour y humer certaines traces intangibles de ces fous après-midi volés à la vie, tout ensommeillée de soleil. Ivre de vin blanc, en une transe sensuelle, qui danse, et s’embrase, je ferme les yeux, et embrasse des fruits et des angoisses. Alors qu’Olivier se berce doucement dans le vent sec du haut de sa juliette, des reflets jaunes m’aveuglent encore. Le temps est aux idées vaporeuses, à la brise discrète qui sèche la peau les mains liés et aux poussières qui valsent sur les lattes de bois du plancher chaud. Je « m’enjuilletise » et rêve de passions éphémères, de corps qui vibrent et se permutent en désirs à demi avoués. Caressée par le ludique et lubrique instant des heures inventées qui s’effaceront à jamais, je me vautre dans la mer salée, salace, épicée de violons sauvages, et de melons de miel sucrés.

MFL

Des ailes en poils de pinceaux…

•21 juin 2010 • 3 commentaires

Le soleil était d’agrume, presque ocre, de ma fenêtre au loin, j’apercevais les effluves des souvenirs enfumés de cette vie autre, de cette vie d’autres, d’avant et d’antan… Après quelques instants, j’ai cessé d’écouter mon coeur qui m’angoissait à vouloir se manifester trop rapidement et j’ai ouvert mes yeux sur cette nostalgie passée. Ma santé perdue s’est taillée une petite place discrète à travers vos mots colorés et vos parfums de jasmin.  Je vous ai beaucoup épié par cet angle nouveau que j’avais la chance de cotoyer, c’est intéressant d’être de l’autre côté du miroir parfois, ça m’a permis de regarder mon ancienne vie autrement, avec un recul que je n’avais jamais pu avoir, avec une objectivité différente. Pas un instant je n’ai regretté ma place côté création, même si vous m’avez donné envie de d’y replonger rapidement! De mon nouveau point de vu, j’ai beaucoup observé, j’ai beaucoup appris aussi! Avoir la chance de reconstruire cette partie d’univers, je crois bien que je serais dangeureuse!

Mais une chose est certaine, l’ivresse est la même, et elle se s’étiole pas. J’ai toujours été amoureuse des regards brillants et étoilés, et avec vous j’ai été servie. Des plumes volantes entre des éclairs de feu et des éclats de larmes, qui auraient éclairé des lanternes jusqu’à Giorno!

Merci de votre patience avec cette petite souris que je sais être trop souvent, merci de votre passion inépuisable et de vos sourires complices. Merci d’avoir joué le jeu de mes clics indiscrets, croqués à vif dans le présent de vos expérimentations ardentes. Toujours en équilibre sur les jours qui dansaient trop vites et qui s’étiraient dans les nuits pour se faufiler discrètement jusqu’aux matins de mai, jusqu’en juin jusqu’au MAI.

Merci à la magie du théâtre, à vous, à la vie et à la chèvre…

Je vous bleu azur, je vous vert pistache et je vous rose trémière…

MFL

Lumineuse poésie et jardin de l’enfance enchantée…

•16 juin 2010 • 4 commentaires

Depuis vendredi dernier, la pièce Les quatre petites filles de Pablo Picasso, dans une mise en scène éclatée et ludique de Véronick Raymond est en vedette sur la magnifique petite scène du M.A.I sur Jeanne-Mance (3680). Depuis presque deux mois, j’ai eu le plaisir et le bonheur infini de côtoyer cette fabuleuse bande de fous furieux qui ont, Oh joie immense pour l’artiste que je suis, eu le courage de mettre en scène les mots disjonctés de Picasso.

Bien sur la complexité du langage surréaliste du peintre n’est pas accessible à tous, mais pour qui sait fermer les yeux et se laisser enivrer par cette épaisse couche de matière verbale colorée étendue à la spatule sur le canevas de ce « work in proress » contemporain à saveur post 2e guerre, découvriront à quel point il peut être bon de se laisser bercer par la joie cruelle des mots d’enfances et des élucubrations tactiles du passage de l’enfance à l’adolescence. Le laboratoire est vivant, il accueil les éclats de mots et les fragments d’idées afin de les rassembler en une forme de performance bleu, rose, jaune et verte!  Le vin est bon, la folie est pure et acrylique et l’odeur de jasmin enivre la salle d’une nostalgie estivale.

La magie chromatique danse en éclats de rires dans le jardin enchanté et valse avec la prose azurée du désir à demi avoué. D’une pas à l’autre, d’un mot à l’autre le plaisir physique se subordonne aux sensations oniriques (qui contrastent profondément avec la fragilité complexe des idées lancées aux quatre vents)

C’est le mystère qui enlace et chavire. Impossible de ne pas être naïvement déstabilisé, de ne pas chercher à s’y retrouver pour s’y perdre encore plus. L’expérience l’emporte. Tout comme le travail titanesque qu’a été ce marathon de l’abyssal  apprentissage de tous ces mots! Plus de 11 000 mots récités en moins d’une heure 15, des mots de marée, des mots de terres, d’ocre et de jasmin, des mots de coeur, d’esprits et de colères, des mots de folies, de rages et de craintes des mots questions et des couleurs réponses…

Mais tout ce travail, cette aventure n’a de sens que si elle est partagée, n’a de réel que si elle est discutée, pensée, vécue…

C’est pourquoi il faut saisir cette chance d’assister à une des trois dernières représentations de cette expérience vibrante! Parce qu’on veut vos commentaires, parce que c’est même pas cher et parce que ces moments fous feront partis à jamais de l’histoire de vos souvenirs!

Risquez la folie et venez vous colorer les sens tout en apprenant à découvrir le travail littéraire du plus grand peintre cubiste de l’histoire de l’art!

Mercredi soir 18h

Vendredi le 18 16h45

samedi le 19 21h45

Au M.A.I 3680 Jeanne-Mance

Au plaisir de vous rencontrer et de discuter un peu!

MFL

Photo: Les 4 petites filles lors de la générale, crédit MFL

Picasso ou l’analyse de la « déconstruction » purifiée…

•1 juin 2010 • 7 commentaires

Il s’est dit, et se dit encore beaucoup de choses au sujet du soi-disant « abstractionnisme » du célèbre peintre… Pourtant, Picasso ne recherchait qu’une chose: Trouver le fil minimal servant à tout dire avec le moins de gestes possible. Tour dire et tout dévoiler. Le défi de taille, consistait en une analyse complète des angles et des facettes de ses sujets afin de rendre au monde de l’art l’essentiel de chaque étude. Déconstruire les éléments de la nature afin d’esquisser ce qui est fondamental à la compréhension de sa vision du monde. Ironiquement ses confrères de l’époque lui reprochaient sans cesse sa volonté trop commerciale…

Contrairement à la croyance populaire, Picasso maitrisait parfaitement le dessin d’observation, c’est la raison pour laquelle il était en mesure de dépasser le simple stade de la reproduction pour arriver à une personnification et une interprétation des lignes. Il a d’ailleurs dit qu’il lui avait fallu toute sa vie pour réapprendre à dessiner comme un enfant, avec le même désir de représenter les choses comme on les perçoit et non comme elles le sont déjà. En fait, le travail de l’artiste se situe au niveau de l’étude et de la recherche, tout comme les peintres impressionnistes, automatistes, minimaliste et fauvismes cherchaient à immortaliser l’instant présent. Ils tentaient de figer des fragments de temps volés à l’instant, dans une quête qui se voulait une réelle volonté de comprendre la peinture en tant que matière. En fait, ils recherchaient la ou les spécificités du médium afin de faire « compétition » (vers le milieu du 19e siècle) avec la photographie qui faisait son apparition et qui devenait un adversaire de taille pour la reproduction quasi ontologique du monde réel (à moindre coût) et surtout de manière beaucoup plus rapide! En effet, les portraits représentaient une grande partie du travail des artistes peintres jusque là, et ils craignaient , non pas sans raisons, que ce soit la fin de cet art.

La question que les peintres vont se poser, histoire d’espérer survivre, est simple: qu’est ce que le médium de la peinture possède que la photo ne permet pas. À cela, il y a deux réponses premièrement; La matérialité du médium (la peinture) un matériel qui s’étend dans un espace 2D et deuxièmement; la possibilité d’exposer au monde ce que la lentille de la caméra ne peut pas rendre. Par exemple: le photographe qui réalise le portrait d’un être humain de profil ne pourra jamais montrer les deux yeux dans un même angle, alors que le peintre peut le faire sans problème. Le peintre est libre de présenter toutes les facettes d’une même réalité dans un seul et même plan, y compris deux yeux sur un portrait de profil. Voilà tout l’apport du Maître.

En ce moment, le MoMA (Le Museum of Modern Art de New York) présente une intéressante exposition de gravures, lithographies et esquisses de Pablo Picasso, et c’est exactement sous cet angle de l’analyse descriptive des éléments qu’on a construit cette expo. L’aspect de l’étude des sujets, dans ce cas si, principalement les femmes qui ont traversées sa vie, est très bien exposé. On voit très bien le sujet complexe se simplifier tranquillement au fil de l’étude pour ne devenir que lignes efficaces, offrant des esquisses d’une pureté sublimé au réel. En somme, c’est une très jolie et très simple expo qui permettra au plus néophyte de cet art de bien visualiser la démarche de Picasso.

Quand Picasso écrit pour le théâtre, il travaille de la même manière, avec sa spontanéité pragmatiste et son descriptif quasi commercial. Ceci fait en sorte que les mots se transforment en lignes pures et dépourvues de leur logique apparente. Pourtant, chaque mot dit tout et son contraire à la fois. La complexité de la vie s’affine et s’épure sous une affirmation colorée. Chaque mot est une couleur, une odeur et une fleur bien sur, mais dans un même temps. Il esquisse son oeuvre littéraire comme il esquisse ses dessins. Permutant le réel en un objet analysé de toutes parts, qui ne laisse dévoilé que les impressions de l’artiste. Certains y voit une forme de symbolisme, mais en réalité il ne dépeint que sa propre vision. L’enfance se retrouve ici écrite sous mille angles différents en un seul coup de plume. C’est là que les diverses interprétions viennent se confronter entres elles, mais viennent se confronter au texte lui-même. Ce qui est personnel devient alors universel. Et il peut être marrant de voir les divers sens que les gens peuvent inventer!

Plus on relit le texte plus l’analytique dialectique entre les mots et les couleurs se voit simplifiée et mise en évidence. Les couleurs renvoient au sens et les mots aux couleurs. D’ailleurs il faut aborder le texte visuellement, de la même manière que l’on aborde un tableau. Les mots se suffisent à eux-même pour imager les sens et dessiner la réalité. Ici les mots sont corps et substance. Voilà ce qui est fascinant dans la démarche de Pablo Picasso, c’est de confronter sa perception du monde à la perception du récepteur qui entre en contact avec son oeuvre. On entend souvent les gens parler de de Picasso lorsqu’il est question d’abstraction, alors que le peintre n’a jamais fais dans l’abstraction, ne dévoilant que sa vision du monde dans un esprit purement figuratif et descriptif. Le réel des uns ne sera jamais le réel des autres et le l’objectif des uns devient le subjectif des autres.

voilà la magie du regard du peintre qui se voit toujours comparer à celui du photographe. Le texte: Les quatre petites filles n’y échappe pas, Certains y verront une oeuvre littéraire abstraite et dépourvue de toute logique, pourtant, il ne sera question que d’une vison de la réalité de l’auteur, qui , comme il a tenté de retrouver la pureté de ses traits d’enfance dans ses dessins, aura tenté de retrouver cette même pureté de l’enfance afin de traduire en mots aux couleurs vives ( parfois violentes) sa propre vision du monde, en l’analysant, en la déconstruisant et en y parsemant chaque parcelle de ses désirs avoués dans un même texte.

En attendant de venir voir et entendre les mots de Picasso se dévoiler devant vous, vous pourrez voir l’expo au MoMA si vous avez la chance de passer par là (avant ou après). Il est à noter que le musée est gratuit tous les vendredis soirs de 16 à 20h.

Vous pouvez acheter les billets pour voir ce super show ICI…

MFL

Lithographies de Pablo Picasso (1945) , Le taureau première et 11e étude pour voir l’évolution du travail de simplification des lignes!

Les mots de Picasso…

•6 mai 2010 • 4 commentaires

La formidable famille  du projet Les quatre petites filles de Picasso, qui sera présenté au M.A.I du 10 au 20 juin prochain dans le cadre du festival Fringe Montréal 2010, m’a gentiment ouvert les portes de son studio de répétition aujourd’hui. J’ai eu la chance de rencontrer une incroyable bande gens de passionnés de théâtre ainsi que de découvertes hallucinées  d’aventures exaltées et de douces folies enivrantes. À partir d’aujourd’hui et pour tout le prochain mois, j’aurai le plaisir d’aller espionner le repaire surréaliste de ces créateurs qui s’amusent et jouent librement voire impudiquement avec les mots ivres de Picasso, afin d’en rendre compte ici et ici. (Ainsi que dans l’univers « twitterrien » par le biais du compte de @pretiumdoloris) On vous promet déjà quelques photos exclusives ainsi que des entrevues et rencontres avec les   « actrices » et autre artisans de ce laboratoire du merveilleux.

L’univers des quatre petites filles s’unira ici à la vision inspirée de Véronik Raymond, le projet qui prend forme tranquillement (et qui prendra forme également ici sous votre regard curieux) est déjà rempli de promesses et d’expérimentations qui, au cours du prochain mois, nous ferons voyager au coeur même du processus créatif, élément parfois obscur, mais qui constitue l’essentiel des fondements de toute oeuvre artistique, qui ne se définit jamais que par son résultat définitif et sans appel.

C’est avec un réel plaisir que j’observerai Véronik sculpter les mots colorés du peintre, qui se décrivait lui même comme un poète ayant mal tourné, alors qu’il déconstruisait et analysait le sens des divers angles esquissés sur le canevas. Il structurait de la même manière et « métaphorait » le réel littéraire de sa prose automatique afin de le permuter en mots cachés, ludiques, rappelant les touches fuyantes et lumineuses des impressionnistes qui tentaient d’immortaliser et de figer dans le temps des fragments d’instants et de lumières. D’ailleurs, Picasso lui rend hommage à la lumière dans ce texte « Nous sommes couvertes de lumière [...] Nous sommes salies de lumière. » médium constitutif de l’ensemble de son œuvre cubiste.

Alors que la lumière soit…

En espérant vous compter nombreux par ici afin d’échanger avec vous quelques idées et quelques secrets, bien entendu! Nous souhaitons également  vous voir nombreux lors des représentations de la pièce en juin!

MFL

*Photographie: Gjon Mili, qui avec Picasso expérimente l’art poétique de peindre avec la lumière

desideratum…

•23 avril 2010 • 3 commentaires

Je me souviens de cette première fois. Jeune, si jeune, mais jamais aussi naïve que cette fille à la candeur permutée que le temps, a rendu fragile au son des vagues fracassantes. Je menais le jeu. C’était simple, je menais parce que je n’aimais pas. On est jamais aussi fort que lorsqu’on aime pas. J’ignore pourquoi j’ai tant besoin de maintenir cette absolue domination sur tous les éléments qui enlacent ma vie. Besoin vital d’assortir les couleurs de mes temps à chacun de mes instants, comme si chaque teinte semblait déformer les ombres de mon réel. Le dichromatique m’agresse. Alors je me déconnecte des relations concrètes.

J’ai un faible avoué pour le ludique, le jeu. Alors je joue. Je joue tant que j’ai un contrôle jupitérien sur les règles que je m’auto-esquisse. Je dois être radicale dans les sous-entendu que je fais dévier du réel vers le virtuel. C’est dans cette elle que je m’arrache les ailles. Comment avouer qu’on perd le contrôle. Comment se dire à soi-même que ce qui était marrant la veille, s’est transformé, sans prévenir en scénario intrigant, que l’on a pas écrit. J’ai envie de partenaires de jeu qui savent se vautrer dans mes univers, pas de joueurs, tricheurs qui réinventent le jeu à chaque soir.

J’aime pas ce sentiment intangible qui s’est infiltré en moi. Je n’aime pas, ne pas être capable de le nommer, j’aime pas ne pas être capable de le saisir. Certaines fuites sont si fluides qu’elles ne gouttinent pas où elles devraient. L’eau est une étrange expérience physique semble-il, elle suit, elle se sauve, et apparaît exactement à l’endroit où l’on s’y attend le moins, au moment où l’on si attend le moins. Elle est vicieuse, elle se fraie un chemin puis attaque. Là ça tangue. Humidité aqueuse, hydrogène sélectif, sentiments humains. Perte de contrôle. Encore des feelings termites. Ils creusent, et dévorent.

Je me caviarde. Je suis pourtant convaincu d’avoir gardé l’oeil vigilant, d’être resté focalisé sur le jeu. Mais je me crains de plus en plus illisible. J’ai peur, très même. Je rêve de reprendre possession de mon insouciance distrayante des premiers temps. De retrouver ma force vorace et sans scrupule et de dessiner des répliques attirantes hors de tout ce désir inassouvis qui m’inonde.

MFL

Désir de vous raconter Gainsbourg…

•12 avril 2010 • 4 commentaires

Joann Sfar’s termine le film avec cette petite phrase qui illustre bien ce qu’il a voulu faire : « J’aime trop Gainsbourg pour le ramener au réel ce qui m’intéresse ce sont ses mensonges pas ses vérités » On comprend pourquoi il  a choisi de faire de Gainsbourg : une vie héroïque un conte et non une simple biographie. Un conte sur la vie héroïque d’un homme-héros contemporain qui a consacré sa vie à parfaire son image d’anti-héros. Un créateur qui avait pour but (avoué) de pervertir la jeunesse en lui offrant une musique émanant d’un univers miroir de la pomme empoisonnée! Empoisonner pour espérer réveiller et sortir de sa léthargie tranquille cette France post 2e guerre mondiale.

Déjà le personnage du Lucien enfant que l’on nous présente jongle avec les mots et les contradictions du monde dans lequel il vit en nous sortant des répliques telles que : « Il n’y a pas d’âge pour ne pas être cave. » Après s’être moqué de la musique classique endoctrinée et figée dans le temps, de s’être voulu artiste peintre, d’avoir ridiculisé avec tout le caustique qu’on lui connaît  l’absurdité des mesures antisémites, il va tenter sa chance dans le milieu de la chanson populaire (un art de con, selon les dires de son père, qui sera tout de même pour lui son éternel complice). Allant d’une égérie à l’autre (Greco, Bardot, Birkin…) il tentera à chaque fois de briser les barrières et les tabous sociaux. En ce sens, l’éclair de fébrilité et d’excitation quasi sadique que l’on peut voir dans son regard, alors qu’il fait entendre la chanson : Je t’aime moi non plus à son producteur,  illustre parfaitement bien ce désir permanent de vouloir provoquer.

Ironiquement, la vision ludique et cynique  adopté par le réalisateur tend constamment à mettre de l’avant la dualité profonde qui habite le chanteur ainsi  qu’un flagrant manque de confiance en lui. Il sera donc guidé, tout au long de sa vie par son lui même en version autoportrait, de son « lui » bercé par la voix du diable. Cette dialectique permanente entre les désirs profonds de cet être complexe et ses ambitions, donnera lieu à de très amusantes discussions. C’est lors de ces échanges improbables que l’on ressent le plus la trace du réalisateur, de par sa formation en philosophie ainsi qu’aux Beaux-Arts.

La symbolique de tous ces personnages imaginaires est bien présente tout au long de la fiction. Entre le non être et l’être dans ce qu’il est intrinsèquement. Il faut voir cette scène sublime où à la sortie d’un club, alors qu’ils sont plongé dans un état d’ivresse avancé, Gainsbourg et Vian sont étendus au beau milieu de la rue (prétextant attendre un taxi) et qu’ils discutent tout bonnement de leurs personnages imaginaires qui les accompagnent depuis toujours. Au delà de l’idée de la folie qui pourrait être associé à cela (pervertissant les artistes depuis des lunes)  c’est avant tout  une immense force créative (et créatrice) qui se dégage de la relation homme/imaginaire, pour ne pas dire l’homme imaginé, ou imagé transformant cette relation en une rencontre symbiotique entre le désir de créer et celui d’exister.  Peut-on survivre sans créer? Peut-on survivre sans au minimum se créer sa propre vie?

Lucien Ginsburg, à quant à lui, choisi de crée son propre personnage, celui de Serge Gainsbourg. Idiome qui s’est fusionné à lui-même, jusqu’à ne plus pouvoir définir les limites de l’un et de l’autre, jusqu’à se perdre entre les deux dans un abîme indéfini. Flou qui l’aura peut-être conduit à sa perte…

Ce (long) conte emboucané entre rêve et réalité voyage comme un long plan séquence à travers la vie et les méandres du personnage, balayant une vie à la manière des surréalistes. Passant du fictif au fantasme, de l’enfance à la folie, de la raison à la passion. Tout l’irréaliste et la beauté de la direction photo finissent par racheter les longueurs de certaines scènes en semant des traces de magie à tout moment.

C’est en partie la grande sensibilité (et la grande sincérité) de cette réalisation qui se veut totalement amoureuse  qui insuffle tout son sens à cet essai. L’amour inconditionnel de l’auteur pour le musicien, la passion d’un créateur pour un créateur. Le Gainsbourg parfois monstrueux (souvent en fait) de cette fiction se transforme à chaque plan en objet de fantasme.

Porté par la musique et les textes de Gainsbourg, ce film raconte avant tout une vie de passion et d’insoumission traversée par la débauche et la perversion, tout en réussissant à faire danser les spectateurs avec la vie. En fait, il nous donne envie de cesser de rêver continuellement sa vie pour enfin sortir de la salle obscure et commencer à vivre sa propre vie!

Un verre de Scotch. Quelques bouffées de tabac (heureuse fumée), un voyage en Harley, des histoires d’amours et de sexes passionnés et des limites à dépasser pour se sortir du « politically correct » qui dicte trop souvent nos vies… En somme, des histoires à se raCONTER… Qu’elles soient vérités ou mensonges.

Je vais aller prendre un verre de rouge avec mon ami imaginaire en dansant la javanaise!

Cinématographiquement vôtre…

MFL

Exposition printanière…

•7 avril 2010 • 2 commentaires

Fragment d’un petit moment extatique, sous un soleil de printemps, simplement pour le plaisir de mon œil en perpétuel recherche de jouissance et d’imaginaires volés directement, sans discrétion avouée,  dans le quotidien de la vie…

Ces jours ci furent si vernaux…

MFL

Marivaudages…

•29 mars 2010 • 8 commentaires

Ils étaient tous ainsi sur les grands écrans où venait se répercuter la lumière faisant apparaître des reflets mouvants et luminescents. Ils confondaient ciel et terre, buvaient et titubaient jusqu’à plus de repère. Ils dansaient tant que leur cœur le supportait. Ils s’effondraient puis émergeaient, le regard vide et avide dans un même instant puis ré-enchaînaient avec cette suite éternelle, cette danse macabre suspendu au fil invisible de l’indifférence. Je les admirais car ils bravaient la vie. Peut-être était-ce simplement une insensibilité vis-à-vis de la mort, de la fin… Mais ils la buvaient et la respiraient.

Ils peignaient, ils photographiaient, ils dansaient, ils composaient,ils écrivaient, dans un halos de tabac, dans une valse nocturne, s’épuisant ainsi jusqu’au levé du soleil … Alors que je n’écris que pour me survivre…

Hermétiques au monde réel. Hors, temps, hors norme, hors conscience.  Magnifiant les limites floues qui nous étouffent et qui fractionnent nos jours en petites cases formatées.

La crainte de la finalité m’a temporairement tué, j’ai choisi de la braver, simplement pour émerger, faisant fi de tout, Niant cette pression qui s’envole vers les plus hauts sommets, niant le palpitant qui bat des ailes comme un colibri qui prend son envol dans mon intérieur.

Si les symptômes ne se sont pas effacés, la peur s’est doucement envolée…  Elle s’est éprise de ma solitude pour que je puisse à nouveau la rencontrer.

J’ai confondu ciel et terre, verre blanc et verre noir, j’ai fait fit du temps et des heures, j’ai déliré dans des regards verts, encore une fois je suis rentré de plein fouet dans de solides murs de pierres, comme il me faut les éviter ceux-ci !  Pas écouté mon cœur, que ma folie, ais pris des risques inutiles, que j’ai aucunement regretté pour une fois. Les portes ont claqué, un fantômes derrière chacune d’elles qui se sont croisés sans se rencontrer. Des histoires impossibles, des hasards trop grands, des saltimbanques du temps qui passe, des nuits comme des jours, des heures à errer, des ciels à marcher. Tant de folies qui m’ont épuisés autant qu’elles m’ont rassuré, réconforté, semant au passages quelques étoiles sur mes cils.

Ivresse passagère, passage du temps, j’ai traversé, la ville, insolée, à contre-jour, surexposée et de nouveau insoumise, Je n’ai presque plus peur du vide. Elle est enfin de retour cette gamine qui s’ose frivole.

Je veux simplement festoyer sans me faire trop mal… Rêver avant de mourir. Que Marivaux m’espionne du haut de son mirador, il trouvera matière à création.

MFL

Le mec que j’ai croisé…

•12 mars 2010 • 25 commentaires

Mi quarantaine, à la chevelure légèrement grisonnante, avec l’air de dire: « je suis pressé moi ». Il passe du mauvais côté de la caisse pour le simple plaisir d’ y arriver avant moi…  On ne sait jamais…  Il demande, non exige, ses 3 boîtes de petits cigares et s’impatiente verbalement, avec toute la hargne que la situation ne nécessite pas, du temps raisonnable que la jeune caissière met à déballer la grosse boîte de petites boîtes bien « sur emballés » afin d’y extirper les 3 boîtes  demandés. Paie avec sa carte de crédit, son regard en dit long, c’est long, c’est long… Puis il attrape nonchalamment le reçu de caisse qu’on lui remet avec le sourire, pour le laisser tomber par terre afin d’être bien certain que la caissière (et les clients spectateurs présents) aient bien compris que ce type de préoccupation financière lui passait très haut par dessus la tête. Il remet ensuite les boîtes de cigares à cette fille de 23 ans , blonde et tellement teinte d’artificiel qui vient l’y rejoindre et quitte. Il marche jusqu’à son véhicule. Grimpe dans son Hummer et s’en va…

MFL

Illustration, Les bourgeois de Calais, par Auguste Rodin , Détail.

Noctivague…

•2 mars 2010 • 4 commentaires

Confessions noctures, improbables. D’un temps suspendu, je me creuse d’îles, comme tant de territoires oubliés. Même si trop souvent conquise, je m’use en exils, insoumise mais terre à taire. Simplement pour m’inventer des nuits audacieuses. À tire d’elle, loin des siens. Encore longtemps je vagabonderai dans mes heures creusées, ébaucherai mes tentations floues et fermerai encore les yeux. Invisible toujours… De jour et d’ennui…

MFL

Étreintes Brisées…

•10 février 2010 • 2 commentaires

Un petit saut dans l’univers charnel et obsessif du réalisateur espagnol, Almodóvar, qui fidèle à ses habitudes, plonge le spectateur au cœur d’un cinéma incarné, entre désirs passionnels et regrets énigmatiques. Cette fois ci, c’est au cœur même de l’abîme cinématographique, alternant entre réalité et fiction, que la fusion opère.

Reprenant ses thématiques consacrés du mystère, du  passé, de la vengeance et de l’amour obsessionnel, le réalisateur valse à travers différentes temporalités semant ici et là quelques  photographies, fragments d’une vie morcelée, semblable à ce qu’il avait fait dans Volver. Le héros d’étreintes brisé, un scénariste désormais accompli, jongle lui-même avec une double identité, partageant sa vie entre le « avant » et le « après » d’un évènement tragique. Si Mateo est bel et bien Henry, Henry à t-il encore quelque chose à voir avec Mateo? Hanté par le tragique qui lui a ravit la femme de sa vie, est-ce que la seule manière de retrouver la vie (et/ou la vue)  ne serai pas de trouver la clé qui lui manque afin de combler les trous blancs de sa propre histoire?

Sous les traits d’une Penélope Cruz, égérie d’Almodóvar, irradiante, Lena, utilise charme et volupté afin de se frayer un chemin unidirectionnel,  dans un univers de pouvoir, d’argent et de corruption. C’est dans ce contexte qu’elle sera amené à rencontrer Mateo, qui en l’espace de quelques instants saura la faire dévier de sa trajectoire.

Tout au long du film, Almodóvar multiplie les codes intertextuels, ramenant au premier plan son étude du cinéma en intégrant des « flashs » appartenant à différentes heures de l’histoire de la cinématographie. Citant Fellini, intégrant un extrait d’œuvre de Rossellini, transformant son héroïne en Marilyn ou en Auderey, balayant sa caméra dans un travelling cadré à la Wong Kar-Wai,  allant jusqu’à voir apparaître, une fois révélée, un couple d’amoureux qui s’embrassent sur une photographie prise par le réalisateur, clin d’œil absolu au Blow Up  d’Antonioni. D’ailleurs le film est lui-même une tentative de récréer une histoire d’amour déjà imprimée sur de la pellicule.

Entre quelques prouesses témoignant d’un amour inconditionnel pour le septième art, et un récit souvent imprécis, où quelques pistes se volatilisent dans un oubli souvent imparfait, le voyage au cœur d’Étreintes brisées se veut une intéressante réflexion tant sur le cinéma que sur l’impact que le passé peut avoir sur une vie. Si quelques éléments dénotent, le récit paraît assez solide pour soutenir une agréable part d’improbable, tout en accordant une validité plutôt efficace à l’ensemble. Personnage fantôme de l’œuvre, la musique semble transporter la trame, comme si elle glissait d’un plan à l’autre dans une harmonie relativement probable, transformant chaque note ensoleillée en une rencontre entre des corps qui se désirent, ramenant le tout aux sensations physiques et libidinales du cinéma d’Almodóvar. Si la tension est palpable, le voyage au cœur de l’Espagne devient tout aussi empreint d’une sensualité à faire rêver.

Et pour vous, l’idée d’une mort en totale étreinte avec l’être aimé est-elle la seule qui valent la peine d’être vécue?

MFL

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